Wednesday, March 15, 2006

9ème page des Souliers...

placé le corps qu’elle avait lavé et parfumé, simplement enveloppé dans un lin écarlate. Elle avait bien pris soin de déposer son éventail sur la poitrine nue du mort afin qu’il l’accompagne.
Une fois toutes ces chose faites elle se rendit au village, tête nue pour annoncer le départ du faiseur d’ailes et acheter tout le nécessaire à la préparation du banquet d’adieu. Elle ne rencontra aucune suspicion à l’annonce de la mort du vieil homme. Dès la première seconde tout le monde avait remarqué ses étranges souliers d’écailles et de plumes. Il n’était plus question de toiser la jeune beauté. Chacun savait qui elle était, bien qu’il fût impossible de retrouver dans son visage parfait les traits ingrats de la petite esclave.
Seul le marchand s’était enfui en larmes à son arrivée. Il n’avait pu supporter de revoir le visage de la seule femme qu’il eut jamais aimée.
Toutes les femmes du village vinrent aider Vâyu à la préparation du banquet, les bras chargés des plus beaux fruits, des plus beaux légumes, des plus belles viandes et des plus beaux poissons. D’autres encore apportèrent les épices, les huiles et les vins les plus parfumés. Jamais la maison du faiseur d’ailes n’avait vu autant de visages amis réunis. À la première étoile Vâyu mit le feu au bûcher et le faiseur d’ailes, ses souliers, et son éventail entreprirent leur ascension dans la clameur de la foule toujours plus nombreuse.

Il s’était passé sept semaines depuis la mort du vieil homme. Malgré ses souliers ailés, la jeune fille n’avait rien changé à ses habitudes. Chaque jour, elle s’installait devant la porte et reprenait son ouvrage. Ses éventails étaient si recherchés qu’elle avait été obligée de demander à un groupe de villageois de venir apprendre les savoirs du faiseur d’ailes. Elle acceptait tout le monde, homme comme femmes, la seule condition était que chacun devait être libre. C’est pourquoi chaque esclave qui était envoyé se voyait offrir une paire de chaussures et un éventail au premier jour de leur arrivée, et repartaient libre le soir. Tous, bien que libres, étaient revenus le lendemain.
Vâyu devait aller chaque soir à la grotte retirer de nouvelles chausses pour les arrivants du lendemain. Chaque soir, malgré la manne énorme, Vâyu se demandait comment elle allait faire quand il n’y aurait plus de souliers fait par le faiseur d’ailes. Elle entreprit donc d’apprendre également à faire des souliers de liberté, et fut nommée bientôt Vâyu pas d’anges, en l’honneur de son père et de son histoire.

C’est ici que l’aventure aurait pu s’arrêter, pourtant il n’en est rien.

Par une chaude après-midi, alors que des dizaines de familles travaillaient désormais avec Vâyu, vint le temps de la suite de l’oracle de l’aigle blanc.

Vâyu s’éloigna pour aller se baigner et délasser son corps. Elle ôta ses souliers ailés et gagna l’onde fraîche. Alors qu’elle nageait sous les branches qui se courbaient jusqu’à caresser son visage, un aigle immense vint se poser sur la berge tout près de ses vêtements. Il ne resta qu’une seconde, elle n’eut pas le temps de l’apercevoir. Il se saisit d’une de ses sandales et s’envola aussitôt.
Lorsqu’elle regagna la berge quelle ne fut pas sa détresse de ne retrouver qu’un seul de ses chers souliers. Elle fouilla chaque recoin, chaque brin d’herbe sans bien sûr pouvoir le retrouver.
Elle ne rentra que fort tard alors que tout le monde était à sa recherche. Chacun essaya de la consoler, mais rien n’y fit, elle s’endormit en larme et ne quitta plus sa couche. Le jour suivant ne changea rien, ni le jour d’après. Les hommes avaient parcouru la rivière sur des kilomètres, sans succès.

Les jours et les semaines passés ne tarissaient pas les larmes de Vâyu
Pourtant le jour où l’aigle s’était emparé du soulier, une autre personne l’avait recueilli précieusement. L’aigle immense avait parcouru les montagnes, traversé les déserts, survolé le Nil et

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